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Archive for février, 2014

Le cimetière des chimères : Calibre 47 m’a touchée

13 fév

Les 8 et 9 février, à Bon Encontre se tenait la 9ème édition du festival Polar’Encontre réunissant auteurs de polar et dessinateurs. J’y étais. J’étais même dans la sélection et il m’est arrivé un truc incroyable. Mais revenons au commencement et de manière chronologique. Il y a d’abord eu Gilles Guillon, le fondateur de la collection Polars en Nord qui a donné sa chance à Un Corse à Lille et aux deux suivants.

Merci, Gilles, d’avoir été mon premier éditeur. Et merci, Gilles, d’avoir décidé à 50 ans de faire un tour du monde, en laissant quelques auteurs orphelins de toi, les obligeant, par ton départ, à cesser de jouer les Tanguy attardés pour toquer à la porte de nouveaux parents d’adoption.

Dans cette belle région du Nord, il y a un super salon, c’est celui de Templemars. Ben tiens d’ailleurs, on y retrouve aux commandes, Gilles Guillon et un certain Jean-Marc Demetz, auteur chez Krakoen notamment. Templemars a été mon premier salon dans le Nord. Je salue au passage Patricia Gautier. Ah, oui, j’y ai aussi fait la connaissance de Paul Colize, avant qu’il ne devienne une star. A cette époque, il buvait déjà du Perrier. Il se trouve que Claude Mesplède y fut invité. Oui, the pope himself. Imaginez, à lui seul le Lagarde et Michard et le Raimondi du polar. Bref, je n’ai même pas osé lui dire bonjour. Mais c’est lui qui est venu à ma table pour m’interroger sur ce que j’écrivais. La première fois de ma vie que je me suis sentie blonde. Heureusement, quelques bières et quelques blagues plus tard je retrouvais la parole. Et très exactement un an après cette rencontre, Claude mettait la collection Polars en Nord à l’honneur au salon TPS. Avec Gilles, nous étions deux auteurs à la représenter, le grand Maxime Gillio et bibi.

Merci, Claude, d’être cet infatigable passeur qui, à l’inverse de Charon et sans exiger d’obole, embarque les auteurs pour les aider à accoster sur des rivages plus cléments.

Merci pour ta générosité et ta fraternité.

La même année, je crois, bien que tout se mélange un peu, j’avais l’honneur d’une chronique sur l’excellent site Action-Suspense, et ce, alors que j’étais éditée par une maison régionale. Et il y a quelques semaines, Le cimetière des chimères faisait partie de la sélection des 15 polars retenus par Claude Le Nocher pour l’année 2013.

Merci, Claude, de suivre le travail d’auteurs de tous horizons avec une curiosité sans oeillères. De mettre, par exemple, en avant des auteurs tels qu’Hervé Sard dont l’univers est si attachant.

Enfin, et j’y arrive, oui, j’y arrive… C’est un peu lent dans le rythme, je me rends bien compte que je ne suis pas en veine d’écrire un page-turner, mais bon… Le meilleur moment, c’est quand on grimpe l’escalier paraît-il… Enfin, il se trouve que par des voies impénétrables, et dans ce crime-là trempent des zozos que j’ai cités précédemment, je suis arrivée à Bon Encontre. Ce salon, dont Pierre Séguélas fut jusqu’à il y a peu la belle âme, cherchait une auteure pour rétablir un peu la parité. Ah ! La parité ! Voilà un sacré cheval de bataille ! Pas vrai Marie Vindy ?Bref, me voilà accueillie et bien accueillie par Pierre et son équipe dont l’ambition est de mettre en lumière des auteurs et ou des maisons d’éditions moins connus, mais qui ont leur place dans l’infinie diversité du polar. A ce sujet, j’en profite pour glisser un mot aux lecteurs qui seraient encore avec moi : c’est dans les salons que vous ferez de belles découvertes. Je ne dis pas qu’il n’y a pas du bon en tête de gondole. M’enfin, en ne lisant que ça, c’est un peu comme si vous aviez passé vos vacances à Portivechju (Portovêk, pour les pas doués en langue) et que vous prétendiez connaître la Corse et ses 365 villages.

Merci, Pierre, d’avoir été ce don Quichotte bagarreur et généreux et d’avoir donné toutes leurs chances à de nombreux auteurs.

Bref, avec Polar’Encontre le courant est passé et mon éditrice leur a fait parvenir Carrières noires, puis Le cimetière des chimères.

A ben oui, maintenant, il faut que je parle de mon éditrice, Véronique Ducros et des Editions Au-delà du raisonnable. Vous vous souvenez ? Je viens de terminer Carrières noires et Gilles Guillon a décidé de traîner sa casquette à l’autre bout de la planète. Je cherche un éditeur à qui le proposer et je suis bien conseillée. Il ne faut pas avoir froid aux yeux pour reprendre une série déjà entamée ailleurs. Il faut être un peu barrée lorsque le personnage central est un flic Corse, exilé à Lille, affublé d’une grand-mère d’un autre temps qui parle parfois en langue « nustrale ». Ben non ! Même pas peur ! Faut dire que la ligne éditoriale est belle. Visez un peu : « Au-delà du raisonnable il n’y a pas de frontières, juste la littérature, média libre. Et si ses serviteurs ont choisi de raconter la face noire du monde et de son histoire, c’est que, tout en nous divertissant de notre nombril, elle éclaire nos consciences. » Et dans l’économie du livre (c’est moche, mais c’est la réalité), quand on est petit on a du mal à exister. Pas de plan marketing, pas de campagne de promotion, pas de volume pour accrocher les gros diffuseurs. Bref, la seule arme de Véro, ce sont ses choix éditoriaux et je suis heureuse qu’ils soient aussi gonflés. Alors, quoi ? Alors, on fonce et c’est bon de travailler avec elle pendant les relectures et les phases de correction parce qu’elle est à la fois précise, pertinente et bienveillante, toujours respectueuse. J’ai progressé avec elle. Ce n’est pas parce que les chinois sont plus de 1,3 milliards et que les tribus indiennes menacées du Brésil regroupent 600 âmes qu’un chinois vaut plus qu’un indien, non ? Une âme pour une âme et j’aime celle de ma maison d’édition.

Merci Véro d’être si délicieusement déraisonnable. Je t’embrasse. Même avec nos arcs et nos flèches, on lâche pas l’affaire.

Arrive donc le jour J. Voilà, je suis dans la sélection. Enfin, non, pas moi. Le cimetière des chimères. Ce n’est pas un hasard, vous l’aurez compris, beaucoup ont participé, chacun à sa façon, à cette belle aventure. Pour moi, c’est déjà une victoire. Et non, pas instant, je n’ai imaginé la suite, ni même osé l’espérer. Quand Jacqueline m’a demandé de ne pas prendre un billet trop tôt le dimanche, parce que « tu as toutes tes chances », je n’ai vu là, que de la gentillesse. Lorsque j’ai lu une très belle chronique de Patrick Planès, je n’y ai pas lu le moindre signe. Quand on a pas la foi, si Jésus vous apparaît, vous risquez de le prendre pour Franck Zappa ou pour Jim Morrisson. D’ailleurs, Dieu n’est pas si con, il ne se montre qu’à ceux qui croient en lui. Ce en quoi, il n’a pas tort, vu qu’il n’existe pas.

Mais, j’en suis où ? Oui. Ingrid Astier est au micro et elle énonce toutes les bonnes raisons qu’auraient les lecteurs de découvrir les univers des auteurs de cette sélection. Et elle parle à une convaincue. Paul Colize qui est à mes côtés me pousse du coude en me disant « elle ne t’a pas citée, c’est toi ». Je lui réponds ‘Meuh, non, elle m’a oubliée, pas grave ». Lorsque j’entends Le cimetière des chimères, je me lève, les jambes flageolantes, et je prends le micro. J’ai la tremblante du mouton. Je bafouille, je cafouille. Je pense à mes parents, bien sûr. Et je pense à ELLE. Mémé Angèle. Ce qu’elle aurait été fière, ELLE, qui a quitté l’école à 9 ans. ELLE qui savait encore réciter tous les poèmes et tous les fables appris enfant. ELLE qui n’est plus là et toujours là.

Mon cher et tendre, qui m’a poussée, en me lançant un défi, à écrire mon premier roman me dit des fois  » Tu devrais écrire une histoire comme ceci ou comme cela, ça pourrait plaire ». Et oui, chouchou, si j’avais écrit 50 nuances de Grey ou si j’avais eu le goût d’imaginer un tueur en série level 47 ou encore si j’avais exporté mes personnages aux USA, on aurait peut-être eu notre avion privé pour revenir au village en Corse.  Mais j’y arrive pas. Et c’est pas si grave, puisque tu m’aimes comme ça. Avoue que ça ne tombe pas si mal.

Et c’est la raison pour laquelle j’ai été si émue de recevoir cette distinction. Parce que je l’ai reçue avec toute ma clique. Avec Leoni, Eliane, avec Mémé Angèle et leur bande. Parce que Véronique Ducros l’a reçue avec moi. Et ça n’a pas de prix parce que ça a vraiment du sens pour moi. Réussir ensemble, ne pas trahir, ne pas se trahir.

Alors, du fond du coeur, MERCI ! Et longue vie à ce magnifique festival, et merci à toi, Nicolas Le Flahec d’avoir repris le flambeau, animé du même feu sacré que celui qui lui a donné le jour. Tamenti basgi a tutti.

 Ah ! Je suis impardonnable. J’ai oublié de citer les eXquismen. Ce blog, les book trailers, ce sont eux. Ils sont aussi exquis qu’ils sont professionnels. Je vous embrasse Benjamin, David, Maxime.