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Archive for juin, 2013

La Corse, le Nord, le polar, la vie…

20 juin

Un flic corse à Lille ! Quelle idée ! Né du cerveau fertile d’Elena Piacentini, Pierre-Arsène Leoni est loin du flic caricatural que la littérature policière nous sert parfois. Comme le prouve sa cinquième enquête, «Le Cimetière des chimères», qui le met sur la trace d’une arnaque internationale à la TVA et sur la piste de l’assassin, en plein cimetière de l’Est, du rédacteur en chef des Échos du Nord…

Le regard est franc, les mots au diapason. Sans fioritures. Comme Pierre-Arsène Leoni, le « double » qu’Elena Piacentini s’est créé voilà cinq ans. Un commandant de police d’origine corse, exilé dans le Nord. « Je l’avais en tête depuis un moment, sourit-elle. Pas un héros mais pas non plus le flic caricatural, alcoolo, détruit. Et un Corse à Lille, ça me parlait ! » Car Elena Piacentini est elle aussi « montée » à Lille, voilà près de vingt ans. « Mais pas pour les mêmes raisons ! Leoni, c’est une mutation disciplinaire. Moi, j’ai choisi de venir ici. J’y suis bien, c’est chez moi. Hormis l’architecture et la campagne, c’est la même chose, ici et en Corse. La culture de l’entraide, celle de l’effort et du courage. Contrairement au cliché dont on affuble les Corses. »

La Corse, elle y réside près de trois mois chaque année. Elle y puise son énergie dans son village natal de 80 âmes, « 300 l’été ». Avec des idées plein la tête, jusque dans ses rêves. « Je lis beaucoup. Des polars. Ou des livres qui me servent dans mon métier de consultante en ressources humaines. De la lecture documentaire. »

S’astreignant à une discipline d’écriture le soir venu, la belle Corse livre son cinquième polar, Le Cimetière des chimères (sortie le 27 juin). Le deuxième publié aux éditions Au-delà du raisonnable, après avoir vu les trois premiers publiés par Gilles Guillon. Au menu : trafic international de TVA, meurtre en plein enterrement au cimetière de l’Est, solidarité entre hommes de pouvoir, transformation du Vieux-lille en « bobo land »…

Elena confirme que la mission du polar est de révéler les arcanes de notre monde. Tâche dont elle s’acquitte sans faille, avec une plume précise qui livre un rythme dense nourri par des chapitres courts et des personnages taillés au cordeau. Parmi ces derniers, l’incontournable Mémé Angèle qui veille sur Leoni. Comme Angelotta veillait sur Elena. « C’est vrai que je tiens à ce personnage, c’est exactement ma grand-mère. »

Faut-il voir dans ce Leoni un alter ego masculin de la romancière ? « Mon côté sérieux, carré. Le sens du devoir et de l’engagement. Le personnage d’Éliane (la légiste qui flirte avec Leoni) le complète par son côté un peu fofolle. Spontané. Elle dit ce qu’elle pense. »

Pour dire ce qu’elle pense au travers de ses créatures, Elena Piacentini avoue piocher dans son entourage. « Je fais mon marché, je prends quelqu’un que j’aime bien ou que je déteste et je me mets au travail. Quand je commence un roman (le prochain ne sera pas un Leoni mais une histoire qui me trotte en tête depuis longtemps), j’ai souvent la trame générale. Parfois des bouts de dialogue. Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme. »

Par Olivier TARTART – LA VOIX DU NORD – Photo Aliénor NAHRA

« Le Cimetière des chimères », par Elena Piacentini, Au-delà du raisonnable, 344 p., 18 €. Sortie le 27 juin.