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Archive for janvier, 2012

Claude Mesplède : un « pape » sans dogme et sans église au service du Noir

22 jan

Il pourrait s’enorgueillir de compter des milliers de fidèles grâce à son dictionnaire des littératures policières. En tant que personnage de roman, il a sillonné les pages des plus grands. Mais il est bien trop modeste pour en tirer une quelconque gloire. Claude est un chercheur passionné, un collectionneur compulsif de mots, d’atmosphères, d’histoires.

Les inuits disposent de centaines de mots pour désigner les différents états de la neige. Les indiens d’Amazonie déclinent à l’infini la palette des verts. Claude, lui, est incollable sur toutes les variations du Noir.

Une interview d’Elena Piacentini pour Carrières noires.

 

Vous êtes nommé Ministre de la Culture. Juste après avoir remis la légion d’honneur à Sharon Stone, quelle est votre première mesure ?

Je vois bien dans la forme de votre question que vous vous efforcez de me dicter ma réponse. Il ne vous a pas échappé que Sharon Stone est mon fantasme préféré. Ma première mesure sera donc, armé d’un mètre de couturière, de vérifier les mensurations de la star décorée.

Le polar « à la française » existe-t-il et, si oui, quelle est sa marque de fabrique ?

Bien sûr qu’il existe, mais comme dans d’autres pays, il est totalement diversifié. Il y a les tenants du roman noir, qui usent du récit criminel pour tenter de décrypter notre société ou encore d’écrire sur des sujets qu’ils veulent mieux comprendre, Ce courant littéraire pose des questions sur l’évolution de la planète, sème le doute, essaie de se démarquer du consensus politique et social On trouve aussi les auteurs de romans policiers historiques qui explorent le passé pour mieux éclairer le présent ou tout simplement divertir. Le troisième grand groupe rassemble les auteurs de thrillers, genre qui a éclaté en France à la suite de la parution des Rivières pourpres, un roman de Jean‑Christophe Grangé. Quatre ans plus tôt, lorsque je travaillais pour Rivages comme lecteur de manuscrits, j’avais lu celui de son premier titre, Le vol des cigognes, et grandement apprécié ce livre, bien construit et mené de main de maître; je ne suis pas loin de penser que c’est le meilleur Grangé, à tout le moins celui que je préfère.

Je sais qu’il existe une sorte de clivage entre auteurs de noir et auteurs de thrillers, une artificielle division qui me semble cultivée par certains dans les deux réseaux. C’est regrettable d’autant plus quand on a vécu comme moi toute cette période où le polar était méprisé et ses lecteurs considérés comme des sous-développés du bulbe rachidien. Aujourd’hui que le genre est plébiscité par le lectorat, je trouve ridicule et stupide de poursuivre une guerre de tranchées entre tenants de tel ou tel de ces courants. D’autant qu’il existe des thrillers noirs, je te dis pas la difficulté de l’auteur dans ce cas-là. A quelle tribu va-t-il se rattacher ? Comme l’a dit Claude Aveline, l’auteur de cette suite célèbre consacrée à l’inspecteur Belot (L’Abonné de la ligne U ; Voiture 7, place 15 ; etc.)

« Il n’y a pas de mauvais genres, il n’y a que de mauvais auteurs ». J’ai beaucoup de respect pour ce romancier qui, dans les années 1930, était plébiscité par la critique, pour son œuvre « blanche ». Il fut, à l’époque l’un des premiers à faire une incursion dans le roman policier, à écrire des textes de qualité et à défendre ce genre. J’ai eu l’occasion de le rencontrer une fois où à plus de quatre-vingt ans, présent au salon de Reims, il m’écrivit une dédicace particulièrement  chaleureuse.

Dans le domaine du thriller, tout ce qui se publie n’est pas forcément réussi, qu’il s’agisse de l’histoire ou de l’écriture. Mais il y a de très bons ouvrages dont la fonction est de foutre les jetons au lecteur pour le rassurer dans les dernières pages. Or l’école française est riche en talents pour aboutir à ces effets avec, outre Grangé, des auteurs comme Franck Thilliez, Maxime Chattam, Régis Descott, Mikaël Ollivier, Gilbert Gallerne, Jérôme Bucy, Laurent Scalese sans oublier les petits nouveaux Aurélien Molas et Mathieu Bernardi et de nombreuses romancières comme Karine Giebel, Nadine Monfils, Sylvie Granotier, Brigitte Aubert ou Lalie Walker. Et je n’ai cité qu’une petite partie des auteurs de thrillers, ceux que je connais le mieux mais il y en a bien d’autres avec d’évidentes qualités littéraires. S’iI fallait choisir un critère pour distinguer l’école française, j’aurais tendance à  privilégier la qualité de l’écriture. Le polar s’enorgueillit de posséder quelques stylistes de première bourre avec Marcus Malte, Fred Vargas, Pascal Dessaint, Caryl Férey, Jean‑Hugues Oppel, Patrick Raynal, Hugues Pagan, Tonino Benacquista, Antoine Chainas et je tiens à rajouter à cette liste cinq auteurs qui mériteraient d’être davantage connus. Le premier, Marin Ledun, vient de recevoir le trophée 813 du meilleur roman francophone pour son livre Les visages écrasés qui traite de la souffrance au travail. J’espère que ce prix contribuera à le mieux faire connaître. J’ajoute Anne Secret, auteur de trois romans parus chez trois éditeurs différents, une dispersion de l’œuvre qui n’aide pas forcément un auteur. Lisez Les Villas rouges au Seuil, et vous m’en direz des nouvelles. Le troisième larron, Laurent Chalumeau a un talent fou et pour le vérifier, ouvrez son dernier opus : Bonus. Mon quatrième coup de coeur, Mélancolie des corbeaux de Sébastien Rutés, est un ouvrage atypique dans lequel les oiseaux parlent Enfin pour compléter ce quatuor, je me risque à ajouter une certaine Elena Piacentini. Ne prenez pas ce choix pour du copinage. Non vraiment, j’aime la façon d’écrire de cette bougresse.

On a parfois l’impression que nos « histoires » ont du mal à franchir les frontières hexagonales… Vraie ou fausse impression ? Et pourquoi ?

Il y a du vrai mais aussi du faux. Je m’explique pour le vrai. La plupart des histoires qui se déroulent dans notre beau pays me semblent manquer un peu de souffle. Mais cela tient au fait que nous sommes un petit pays ‑ même si nous avons la particularité de posséder un président de la république qui donne des conseils et des avertissements à la planète entière ‑ et nos grandes sagas (Monte Cristo, Les Misérables, les Mystères de Paris, Les Mohicans de Paris) datent du siècle dernier. Souvent les sujets abordés n’ont pas forcément vocation à l’universalité. Il y a aussi les pays qui défendent leurs frontières, comme les Etats-Unis, c’est pourquoi être publié là-bas comme mon ami toulousain Benoit Séverac, est  une réussite.

À présent, abordons le faux. Les auteurs de polar français traduits à l’étranger est en augmentation. Outre Fred Vargas, traduite dans quarante pays et bestseller en Allemagne et au Royaume Uni (deux fois primée par la Crime Writers Association), d’autres femmes, Dominique Manotti, Maud Tabachnik, Sylvie Granotier, Dominique Sylvain ont été traduites en Espagne, Allemagne, Italie, Royaume Uni, Russie, Japon et aussi pour Than Van Tran-Nhut en Corée du sud.

Vous sillonnez les salons du polar du monde entier, vous êtes l’ami des auteurs, vous êtes même devenu, au fil du temps, le personnage le plus cité dans les pages de rompol… D’où vous vient cette passion proche de la ferveur du missionnaire ?

Je suis tombé dans la marmite très jeune car déjà à neuf, dix ans, je lisais avec passion les nouvelles de Maupassant, ainsi que Salammbô de Flaubert, mon livre de chevet avec Moisson rouge de Hammett. Je récite souvent l’incipit : C’était à Mégara, faubourg de Carthage, dans les jardins d’Hamilcar. Je lisais aussi Leslie Charteris (Le Saint), Ellery Queen, Patrick Quentin. J’ai continué à tout dévorer comme un boulimique qui se respecte (L’intégralité de la Bible lors de ma mise en quarantaine à 12 ans à cause d’une épidémie d’oreillons) en alternant la lecture des auteurs « dits » classiques avec celles des polardeux. Je crois que la ferveur du missionnaire m’est venue peu après. J’avais 14 ans et j’étais en seconde au lycée Berthelot de Toulouse. J’avais acheté le premier volume de Malheur aux barbus, écrit par le duo comique Pierre Dac et Francis Blanche. Ils avaient adapté en roman, un feuilleton radiophonique loufoque inauguré le 15 octobre 1951 sur la Radio Parisienne. Chaque jour, à 13h10, ce feuilleton totalisa 213 épisodes jusqu’au 19 juin 1952. Un petit pion m’a confisqué le livre. Il a renouvelé sa prestation en m’arrachant des mains, deux semaines plus tard, ce chef d’œuvre de James Hadley Chase, Douze chinetoques et une souris. Déjà excédé d’entendre tant de stupidités sur le genre policier (stupidités généralement élargies pour englober dans le même discours la bande dessinée et la science-fiction que je lisais aussi) ces confiscations ont renforcé mon attitude contestataire et je n’ai pas dételé depuis car je ne supporte pas les interdits surtout quand ils n’ont aucune raison d’être. Tous ces censeurs et critiques au discours étriqué ont culpabilisé des milliers de lecteurs. Ils ont gâché leur plaisir et rien que pour cela, je les hais.

Lors du dernier festival Toulouse Polars du Sud dont vous êtes Président, vous avez invité une collection de polars « régionale ». Quelles sont les valeurs que vous défendez au travers de ce genre de choix ? Considérez-vous que, dans la grande famille du polar, il y a les parents pauvres et qu’un certain élitisme est salutaire ou, au contraire qu’il faut ouvrir les portes en grand, faire appel d’air, et réinventer les codes ? Bref, vous êtes plutôt un défenseur de la tradition et de ses règles ou un curieux ouvert à la modernité ?

J’aurais envie de répondre « les deux » car défendre la tradition n’est pas antinomique avec un esprit ouvert sur la modernité. Un exemple me vient en tête. J’aime lire, non seulement pour le plaisir de découvrir une belle histoire, mais aussi pour l’odeur de l’encre et celle du papier. Cela ne m’a pas empêché de faire l’achat d’une liseuse, appelée kindle, sur un site internet et j’ai pu lire ainsi mon premier e-book. Je n’oppose pas les deux procédés mais je les utilise en complémentarité car rien n’est plus négatif de refuser les évolutions techniques, non pour en être prisonniers comme des esclaves, mais pour les maîtriser et s’en servir de façon utile, pour mieux utiliser son temps libre. Si j’ai invité à ce festival une collection « dite » régionale, c’est uniquement parce que j’ai trouvé  qu’elle avait une qualité éditoriale qui mettait à mal cet autre lieu commun repris par certains corbeaux qui vont croassant « une collection régionale est nécessairement d’un niveau médiocre ».

Quels sont les projets qui vous tiennent à cœur en ce moment ?

Continuer d’écrire mon autobiographie qui n’aura pas une diffusion généralisée. Je la destine à ma famille et à mon réseau d’amitiés. Je dois aussi entamer l’écriture de mon essai sur le roman noir. Le plan des quinze chapitres a été établi il y a deux ans déjà et depuis, j’ai dû écrire deux pages ; enfin je tiens à réaliser une compilation de mes chroniques polar mensuelles publiées depuis dix-huit ans dans la revue Options, éditée par la CGT (dont je suis membre depuis l’âge de 18 ans) à l’intention des ingénieurs, cadres et techniciens. Cela représente 180 chroniques de deux pages chacune, soit un recueil de 360 pages ou encore 900.000 signes ; C’est énorme, d’autant que j’avais l’intention d’y rajouter tous mes articles théoriques sur le genre parus dans diverses revues.

Quelle est la question qu’on ne vous a jamais posée et dont vous n’avez pas encore fait le deuil ? Voudriez-vous avoir la gentillesse d’y répondre ?

Je n’en ai vraiment aucune idée hormis s’il vous plairait de savoir si je suis l’homme des vœux Bartissol ? Je démens formellement. Je n’ai rien à voir avec le père Noël qui ne respecte aucune saison.

« L’homme des voeux » passait sur Radio Luxembourg à midi. C’était un jeu sponsorisé par l’apéritif Bartissol. Un comédien (Jacques Legras à ses débuts, avant la célèbre caméra cachée, inventée avec son complice Jacques Rouland  en 1964 ) visitait villes et villages ; il accostait un passant au hasard et lui racontait une histoire farfelue. Si la « victime » s’exclamait « Vous êtes l’homme des voeux Bartissol » et s’il détenait des capsules Bartissol, il était l’heureux gagnant de lots divers et variés.

Et pour en savoir plus sur Claude Mesplède et le marquer à la casquette, cliquez sur ce lien.

Muchas gracias Claude, eres un príncipe. Ti ringraziu e a prestu !

 

 
 

POLAR A DAINVILLE : LE CANARD DANS TOUS SES ETATS

18 jan

Le samedi 28 janvier, Daniel Cassoret et toute son équipe de bénévoles passionnés attendent les lecteurs voraces de polar.

Franck Thilliez, président d’honneur, sera de la murder party.

L’exquise nouvelle et sa brochette d’andouillettes marinées au Chinon vous feront frissonner le groin de plaisir. Du boudin ? Non ! Que du bonheur !

Et bien sûr, vous pourrez y rencontrer de nombreux auteurs de la région, et même d’ailleurs…

Venez nombreux !

 
 

Les auteurs du noir face à la différence

16 jan

Une nouvelle association de malfaiteurs ?

 

Livresque du Noir tire les ficelles,

15 auteurs tissent de noirs destins,

JIGAL mène la barque,

Les eXquismen maquillent le crime.

Des traces de leurs méfaits, ici.

Une preuve flagrante, .

Parfois, la raison a tort, alors Ecoute ton coeur !

Ensemble pour l’autisme, grande cause nationale 2012.

 

Pace è Salute !

01 jan

Je vous souhaite une année

2012 riche de lignes croisées,

fertile en aventures

imaginaires comme autant

de fenêtres ouvertes sur de

mystérieux ailleurs…

A bientôt, au-delà du raisonnable.

Pierre-Arsène Leoni.