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Archive for novembre, 2011

Le 19, c’est Morbecques qui tient salon

17 nov

Le Nord, c’est souvent noir et pas seulement à cause du charbon. Du bon terreau pour les polars… L’atmosphère chargée d’humidité, les lumières bavants sur les pavés luisants, la palette de couleurs, les couchants déchirés… Du pain béni pour une sudiste ! Alors rendez-vous le 19 à Morbecques.

 

Une interview au-delà du raisonnable….

13 nov

Véronique Ducros répond aux questions de Leoni

Au-delà du raisonnable, c’est le nom de votre maison d’édition. Alors justement, dites-nous ce que vous cherchez et ce que vous avez découvert au-delà du raisonnable.

Je cherche les perles noires de la littérature populaire et je les cherche à ma manière : en y consacrant un temps que je ne compte pas, en privilégiant la rencontre et cette période d’approche où auteur et éditeur se « reniflent », puis le travail sur le texte et le plaisir de l’échange, les mains dans le moteur du roman… Tout ça – le temps, l’instinct, le plaisir – ne sont pas des données dites raisonnables ; partout, tout le temps, on nous assomme avec des principes de réalité comme si eux seuls existaient à l’exclusion de tout le reste. Si l’on se place au-delà de cette ligne raisonnable, on peut considérer l’aspect désinhibant de notre monde en crise. Par exemple, savoir que l’auteur est le maillon le plus faible de la chaîne économique du livre me paraît une aberration. Un pourcentage égal pour l’auteur et l’éditeur rétablit à mon sens de meilleures bases. Autre exemple, le livre numérique : nouveau support, défi incontournable… Mais faut-il pour autant négliger d’autres aventures, moins dépressiogènes que l’étude des statistiques ? Des Français ont monté un marché de ventes de droits audiovisuels des œuvres littéraires françaises à Los Angeles (The Remakes Market, mi-novembre). Les deux polars du catalogue inaugural d’Au-delà du raisonnable seront représentés là-bas, à Hollywood (le « tarantinesque » Consulting de François Thomazeau, et  Demande à mon cœur de Catherine Diran, invitée par la revue Alibi pour présenter son héroïne, Victoria Reyne. Une expérience excitante pour les auteurs et l’éditeur ! 

Qu’est-ce qui vous attire dans la littérature noire et pourquoi ce genre ?

Je n’ai pas de réponse spécifique pour la littérature noire, j’en ai une pour la littérature. Elle est assez courte : je publie ce que j’aime lire. Toutes les littératures sont étiquetées, toutes ont leur rayon dans les bibliothèques et les librairies. Je suis portée vers les littératures de genre, le feuilletonisme, les récits, les romans historiques, les biographies romancées, les contes contemporains (sous forme de polar ou pas peu importe). Ainsi Gilles Del Pappas, auteur reconnu dans le monde du polar, signe Attila et la magie Blanche, un roman d’aventures mettant en scène l’anarchiste Marius Jacob et le magicien cinéaste Georges Méliès. Il s’agit d’une fiction où histoires vraies et pure imagination se marient savoureusement, comme en cuisine ! (Le prochain Del Pappas, en février, racontera le Marseille de l’immédiat après-guerre, la rédemption d’un malfrat et la naissance de la French Connection : Les Vies de Gustave.) En revanche, je suis peu attirée par l’autofiction, la narration à travers l’introspection des personnages ; quelle que soit la qualité de l’écriture, je m’ennuie et n’y trouve aucune bonne raison de rester éloignée de tous les autres livres qui m’attendent.  Ceci dit, en mai prochain sortira un roman de Thierry Crifo, une poignante fiction sur l’autofiction, Lignes croisées, dont la noire désespérance m’a emportée. Il ne s’agit pas de se ligoter dans sa ligne éditoriale quand on mise sur les coups de cœur !

Que vous inspire la phrase  « c’est plus qu’un polar », qui  a le don de hérisser Claude Mesplède ?

C’est une formule vide de sens. Le polar est une forme. Introduire une idée de « valeur » de la forme, une hiérarchie, me semble être une initiative douteuse et sans aucune espèce d’intérêt. Je pressens qu’un auteur dont on dit de son livre qu’il est « plus qu’un polar » ne le prendra pas comme un compliment. C’est balancer assez lâchement l’expression d’un mépris destiné à se faire reconnaître d’une caste, la volonté de se démarquer d’une autre. Dans la tête de ceux qui prononcent cette phrase, un polar c’est moins que… quoi alors ? Un lecteur délicieusement pris dans les filets d’un roman qui le nourrit (en plaisir, en prise conscience, en connaissance, en dépaysement, en émotion, un seul ou tous ces sentiments à la fois), ce lecteur, vous, moi, est… au-delà. Ce qui m’aurait étonnée, c’est que cette phrase ne hérisse pas Claude !

Editer les enquêtes d’un flic corse en absence dans les brumes du Nord, voilà qui ne colle pas vraiment avec les standards du marketing. Quelle est la part de la raison et celle du cœur dans vos choix éditoriaux ? Quel genre de « chasseuse » êtes-vous et quelles sont les valeurs que vous défendez dans vos choix ?

Je suis éditrice, c’est à moi de présenter à mon diffuseur, à la presse, aux libraires que je rencontre toutes les qualités que j’ai discernées dans un roman que je publie, c’est mon rôle de défendre et de convaincre. De plus, la maison d’édition est toute nouvelle, il faut mettre le paquet pour sortir de l’invisibilité. Dans ces conditions, il est plus que raisonnable de porter au public des romans qui nous ont sincèrement conquis, je suis convaincante si, et seulement si, je suis convaincue. C’est mathématique (ce qui se rapproche le plus de la certitude, non ? ). Nous nous réunissons en comité de lecture, mais je prends seule la décision d’éditer, avec pour objectif la construction d’un catalogue  de fond. Les séries, celle des enquêtes de Leoni qui arrive en mai chez Au-delà du raisonnable ou celle de Catherine Diran (Victoria Reyne reviendra en octobre 2012), répondent à plusieurs de mes attentes : on est centré sur des personnages qu’on souhaite suivre longtemps, qui vont devenir familiers et vont donner rendez-vous comme l’ont fait avant eux Adamsberg, Lola Jost ou Nestor Burma. Leurs auteurs ont un attachement tout particulier aux personnages récurrents qu’ils créent.  On est sur le long terme, et cet aspect est en phase avec Au-delà du raisonnable, une structure éditoriale petite et indépendante que je travaille à rendre pérenne. C’est le premier objectif. Ainsi les auteurs de l’équipe participent à cette aventure, ils sont des pierres de l’édifice, pas de simples fournisseurs. Je n’imagine pas publier un écrivain avec lequel je ne partage rien juste pour faire un coup éditorial.

Vous avez fait connaissance avec mon personnage dans « Carrières noires ».  Avons-nous des qualités ou des défauts en commun ? Et quel est le défaut que vous préférez chez vous et auquel vous ne renonceriez pour rien au monde ?

Mes défauts ? Ça dépend de celui qui me regarde, cher Leoni. La complaisance à mon égard est un défaut, ou une qualité peut-être ? (on n’est jamais si bien servi que par soi-même), que je ne possède pas. Une chose que je souhaite ardemment c’est que mon enthousiasme ne s’éteigne jamais.

Je trouve que la justice et la loi ne font pas toujours bon ménage. Qu’est-ce que cela vous inspire ? Pourriez-vous tuer et dans quelles circonstances ?

J’ai le sentiment que chacun d’entre nous peut tuer. Ou se tuer. Les faits divers et l’actualité le racontent tous les jours. S’imaginer à l’abri de tels instincts est de l’ordre du déni, de l’angélisme ou du rêve confortable qui nimbe les périodes heureuses de la vie. Quant aux circonstances… Les circonstances sont la source inépuisable des romanciers, le terreau de chaque histoire, même quand le crime n’est pas de sang. Il existe une variété infinie de meurtres : social, familial, politique, passionnel, compassionnel, psychologique, collectif… Ça grouille d’assassins, commandant, mais – je sens qu’à vous je peux le dire – pour plusieurs d’entre eux la condamnation prévue par la loi est une pure injustice. Autant que le sont certaines impunités. En février 2012, Au-delà du raisonnable publie le prochain roman de Gildas Girodeau : La Paix plus que la vérité. Il raconte la quête un écrivain journaliste manipulé par un vieux Catalan hanté par une période trouble de son passé à l’époque franquiste. Le titre magnifique de ce roman évoque en creux ce thème universel de la justice.

Comment décririez-vous l’univers de « Carrières Noires » ?

C’est le monde des secrets enfouis, des ambitions cachées, des aspirations légitimes ou pas, ces tréfonds où chacun se débat et use des moyens dont il dispose. L’égalité, comme la justice, n’existe pas, c’est un but vers lequel chaque personnage tend, une lumière au bout d’une galerie creusée. Vous, commandant, en électron corse et libre, vous êtes un homme déterminé (j’ai failli dire entêté, oui, vous êtes entêté – Ah ! voilà une qualité que nous partageons pour revenir à une précédente question… C’est bien une qualité, non?) croisant dans cette nouvelle aventure une foule de personnages assez têtus aussi, et bien campés : des partenaires et des adversaires à votre mesure. J’ai été séduite par le souffle, l’instinct de vie très fort de chacun de ces personnages. Victimes et bourreaux.

 

 

Carrières noires, dans le secret des profondeurs de Lezennes

03 nov

Une enquête de Leoni, à paraître en Mai 2012  dans « Carrières Noires », aux éditions Au delà du Raisonnable

Nom, prénom et profession ?

Emmanuel Dusséaux, reprographe, spéléologue amateur et co-auteur du livre «  Voyage au cœur de Lezennes ».

Selon certaines sources, vous seriez un habitué des carrières de Lezennes, depuis combien de temps arpentez-vous ce labyrinthe et comment vous est venue cette passion, mmm, pour le moins suspecte ?

Comme vous me semblez bien renseigné, je vais tout vous dire, et à vous de juger ce qu’il peut y avoir de suspect là-dessous. Ce n’est pas à vous, cher commandant, que je vais apprendre que la plupart des traits de caractère qui construisent un adulte remontent souvent à sa plus petite enfance. Déjà très jeune, j’étais attiré par les endroits hétéroclites. Choyé par le cocon familial, j’étais un enfant plutôt solitaire. Mes héros : Tarzan, Zorro et bien sûr le Capitaine Nemo. Des personnages énigmatiques tout aussi solitaires que moi. Un peu sauvage, quand on me cherchait, on avait plus de chance de me trouver dans la cime d’un arbre, hiver comme été, qu’en train de jouer tranquillement dans ma chambre. C’est ainsi que peu à peu, quittant le périmètre de la maison, mes terrains de jeu sont devenus les usines désaffectées, les bâtiments en construction et les souterrains de la porte de Gand. Mon côté très casse-cou et ma vivacité inquiétaient souvent mes parents. C’est pour canaliser cette énergie qu’ils m’ont inscrit dans plusieurs clubs de sport. Mais, incapable de me plier à la discipline de ces activités et n’ayant aucun esprit de compétition, tous ces essais se sont transformés en échec. C’est en 1982, à l’âge de 15 ans, qu’une de mes sœurs m’a fait découvrir le groupe Spéléo Berkem, section spéléologique du LUC « Lille Université Club ». Voilà bien une activité qui me convenait : pas de compétition, mais un vrai esprit de groupe, le tout dans des paysages extraordinaires. Et pour une fois, j’allais rapidement devenir l’un des meilleurs. C’est aussi à cette époque que j’ai fait la rencontre de Jeff. Bien qu’étant de 17 ans mon aîné, cette différence d’âge ne fut pas un obstacle pour qu’une amitié durable s’installe.  Jeff habite Lezennes, et en bon spéléologue, il connaissait déjà bien le milieu souterrain qui se trouve sous ses pieds. C’est en sa compagnie que j’ai fait mes premiers pas dans ce dédale où, assez rapidement, j’ai pu pérégriner seul et chercher à en percer les mystères.

Normalement tous les accès sont maintenant interdits, à part ceux qui sont ouverts durant les journées du patrimoine. Quelles sont vos entrées et avez-vous des complices ?

Je préfère ne pas répondre à cette pour des raisons de confidentialité…

La plupart des gens ont peur du noir, qu’est-ce qui vous attire dans ces profondeurs, qu’est-ce que vous traficotez la dessous ? Il y a une rumeur au sujet d’un trésor, c’est lui que vous convoitez ? Ou alors vous cherchez peut-être à fuir le monde du dessus ?

C’est certain, dans tout loisir, je crois que la plupart des gens cherchent à fuir leur quotidien. Le monde souterrain est parfait pour cela et il ne laisse de place dans l’esprit que pour vivre l’instant présent. Quant aux rumeurs et autres légendes, je crois que les véritables trésors dont recèlent ces profondeurs sont les carrières elles-mêmes.

Quelle a été votre plus grande frayeur dans ces souterrains ?

Le risque majeur dans ce labyrinthe est de s’y perdre, et bien des personnes en ont déjà fait les frais. Et bien sûr, cela m’est arrivé. C’était lors d’une de mes premières descentes. Accompagné de mon meilleur ami Stéphan, nous nous étions mis en tête de découvrir le fameux lac bleu. Nous sommes donc partis en déroulant un fil d’Ariane, mais assez rapidement, la ficelle vint à manquer. Nous avons donc, comme le petit poucet, jalonné notre chemin d’objets divers (briquet, paquet de cigarette, opinel, etc.). Poussés par l’engouement de cette aventure, nous avons espacé de plus en plus nos repères, sans trouver pour autant la trace du fameux lac. Quand nous avons pris la décision de revenir sur nos pas, nous avons eu beaucoup de peine à retrouver notre chemin, et cette visite qui devait durer une heure s’est transformée en quatre heures d’angoisse. Ceci dit, cette expérience m’a servi de leçon et quand je pense que certaines personnes égarées y sont restées plusieurs jours avant d’être secourus, j’ai pleine conscience de la chance que j’ai eu de retrouver la sortie. Par la suite, je me suis rendu compte que l’on était passé au bord du lac du bleu sans même le voir!

Et votre plus grande joie ?

Je crois que ma plus grande joie est de faire découvrir ce milieu qui d’habitude n’est réservé qu’à quelques initiés. Il est toujours intéressant de partager ce qu’on connait avec d’autres, ils ont d’ailleurs parfois des réflexions qui peuvent remettre en question mes connaissances sur le sujet.

Seriez-vous capable de vous y repérer les yeux fermés ?

Non, non ! Il est plutôt conseillé de garder les yeux grand ouverts avec en main une bonne lampe torche ! Ceci dit, malgré tout le temps que j’ai pu passer sous terre, je n’ai pas la prétention de les connaître par cœur. En aucune manière je n’accorderai ma confiance à celui qui s’en targuerait tant le sujet est vaste, que ce soit en termes de superficie ou d’histoire.

Pensez-vous avoir découvert tous les secrets de ces anciennes carrières ? Et sinon, quelles surprises peuvent-elles encore révéler ? Y-a-t-il des zones que vous pensez n’avoir pas encore explorées ?

Il y a encore beaucoup de choses à découvrir sur les carrières de Lezennes. On dispose de peu de textes et le métier de carrier était plutôt méprisé, ce qui nous laisse encore un vaste terrain d’investigation. Il y a encore beaucoup de zones d’ombre concernant leur histoire. Quant à la superficie, il y a bien des zones auxquelles je n’ai pas accès dans ce vaste dédale.

En quoi ce lieu est-il intimement lié à l’histoire de la région et même, au-delà, à l’histoire de France ?

Dans l’agglomération lilloise, les matériaux de construction sont rares. C’est donc dans les carrières de Lezennes, à une profondeur de 8 à 20 mètres, que les hommes sont venus chercher les pierres nécessaires à l’édification de la plupart des bâtiments et fortifications de la ville, et ce depuis le XIIème siècle jusqu’au milieu du XIXème. Mais les carrières de Lezennes vont aussi fournir en pierre les villages avoisinants pour la construction des fermes et des monuments religieux. Malheureusement, au XIXème siècle, la pierre va céder la place à la brique, devenue meilleur marché grâce à de nouvelles techniques de cuisson. De plus,  celle-ci est plus solide et plus facile à maçonner. Sous Louis XIV, Vauban doit beaucoup aux carrières qui lui ont permis de construire ce qu’il va appeler sa reine des citadelles. Si la craie n’y est pas visible, elle a pourtant été massivement employée au cœur du rempart pour être ensuite recouverte d’un parement de briques, plus solide à l’assaut des boulets.

Il y a, paraît-il, un étrange autel, sous terre, des messes y ont été dites…J’ai besoin d’en savoir plus… Rites secrets, sacrifices, rituels sataniques ?

Rien de secret là-dessous. Cet autel a été construit par les scouts afin de permettre aux paroissiens lezennois de continuer à célébrer les messes à l’abri des bombardements. Proche d’une entrée située au centre du village, cet endroit a souvent servi de refuge. Il est même arrivé qu’on y descende le bétail, comme par exemple les vaches.

Merci beaucoup Manu, le mot de la fin à Elena… 

Leoni et moi sommes très fiers et très heureux de passer Au delà du raisonnable avec Carrières noires. Pour tout renseignement complémentaire sur ces lieux uniques et magiques, contactez les passionnés du Cercle Historique de Lezennes et pour plus de détails sur les profondeurs, offrez-vous « Voyage au coeur de Lezennes » un excellent ouvrage, très bien documenté. Et, encore une fois, ne vous aventurez pas seul dans ces carrières noires… Sauf, bien sûr, à partir de mai 2012, dans nos lignes… Encore merci, Manu ! Elena.