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Claude Mesplède : un « pape » sans dogme et sans église au service du Noir

22 jan

Il pourrait s’enorgueillir de compter des milliers de fidèles grâce à son dictionnaire des littératures policières. En tant que personnage de roman, il a sillonné les pages des plus grands. Mais il est bien trop modeste pour en tirer une quelconque gloire. Claude est un chercheur passionné, un collectionneur compulsif de mots, d’atmosphères, d’histoires.

Les inuits disposent de centaines de mots pour désigner les différents états de la neige. Les indiens d’Amazonie déclinent à l’infini la palette des verts. Claude, lui, est incollable sur toutes les variations du Noir.

Une interview d’Elena Piacentini pour Carrières noires.

 

Vous êtes nommé Ministre de la Culture. Juste après avoir remis la légion d’honneur à Sharon Stone, quelle est votre première mesure ?

Je vois bien dans la forme de votre question que vous vous efforcez de me dicter ma réponse. Il ne vous a pas échappé que Sharon Stone est mon fantasme préféré. Ma première mesure sera donc, armé d’un mètre de couturière, de vérifier les mensurations de la star décorée.

Le polar « à la française » existe-t-il et, si oui, quelle est sa marque de fabrique ?

Bien sûr qu’il existe, mais comme dans d’autres pays, il est totalement diversifié. Il y a les tenants du roman noir, qui usent du récit criminel pour tenter de décrypter notre société ou encore d’écrire sur des sujets qu’ils veulent mieux comprendre, Ce courant littéraire pose des questions sur l’évolution de la planète, sème le doute, essaie de se démarquer du consensus politique et social On trouve aussi les auteurs de romans policiers historiques qui explorent le passé pour mieux éclairer le présent ou tout simplement divertir. Le troisième grand groupe rassemble les auteurs de thrillers, genre qui a éclaté en France à la suite de la parution des Rivières pourpres, un roman de Jean‑Christophe Grangé. Quatre ans plus tôt, lorsque je travaillais pour Rivages comme lecteur de manuscrits, j’avais lu celui de son premier titre, Le vol des cigognes, et grandement apprécié ce livre, bien construit et mené de main de maître; je ne suis pas loin de penser que c’est le meilleur Grangé, à tout le moins celui que je préfère.

Je sais qu’il existe une sorte de clivage entre auteurs de noir et auteurs de thrillers, une artificielle division qui me semble cultivée par certains dans les deux réseaux. C’est regrettable d’autant plus quand on a vécu comme moi toute cette période où le polar était méprisé et ses lecteurs considérés comme des sous-développés du bulbe rachidien. Aujourd’hui que le genre est plébiscité par le lectorat, je trouve ridicule et stupide de poursuivre une guerre de tranchées entre tenants de tel ou tel de ces courants. D’autant qu’il existe des thrillers noirs, je te dis pas la difficulté de l’auteur dans ce cas-là. A quelle tribu va-t-il se rattacher ? Comme l’a dit Claude Aveline, l’auteur de cette suite célèbre consacrée à l’inspecteur Belot (L’Abonné de la ligne U ; Voiture 7, place 15 ; etc.)

« Il n’y a pas de mauvais genres, il n’y a que de mauvais auteurs ». J’ai beaucoup de respect pour ce romancier qui, dans les années 1930, était plébiscité par la critique, pour son œuvre « blanche ». Il fut, à l’époque l’un des premiers à faire une incursion dans le roman policier, à écrire des textes de qualité et à défendre ce genre. J’ai eu l’occasion de le rencontrer une fois où à plus de quatre-vingt ans, présent au salon de Reims, il m’écrivit une dédicace particulièrement  chaleureuse.

Dans le domaine du thriller, tout ce qui se publie n’est pas forcément réussi, qu’il s’agisse de l’histoire ou de l’écriture. Mais il y a de très bons ouvrages dont la fonction est de foutre les jetons au lecteur pour le rassurer dans les dernières pages. Or l’école française est riche en talents pour aboutir à ces effets avec, outre Grangé, des auteurs comme Franck Thilliez, Maxime Chattam, Régis Descott, Mikaël Ollivier, Gilbert Gallerne, Jérôme Bucy, Laurent Scalese sans oublier les petits nouveaux Aurélien Molas et Mathieu Bernardi et de nombreuses romancières comme Karine Giebel, Nadine Monfils, Sylvie Granotier, Brigitte Aubert ou Lalie Walker. Et je n’ai cité qu’une petite partie des auteurs de thrillers, ceux que je connais le mieux mais il y en a bien d’autres avec d’évidentes qualités littéraires. S’iI fallait choisir un critère pour distinguer l’école française, j’aurais tendance à  privilégier la qualité de l’écriture. Le polar s’enorgueillit de posséder quelques stylistes de première bourre avec Marcus Malte, Fred Vargas, Pascal Dessaint, Caryl Férey, Jean‑Hugues Oppel, Patrick Raynal, Hugues Pagan, Tonino Benacquista, Antoine Chainas et je tiens à rajouter à cette liste cinq auteurs qui mériteraient d’être davantage connus. Le premier, Marin Ledun, vient de recevoir le trophée 813 du meilleur roman francophone pour son livre Les visages écrasés qui traite de la souffrance au travail. J’espère que ce prix contribuera à le mieux faire connaître. J’ajoute Anne Secret, auteur de trois romans parus chez trois éditeurs différents, une dispersion de l’œuvre qui n’aide pas forcément un auteur. Lisez Les Villas rouges au Seuil, et vous m’en direz des nouvelles. Le troisième larron, Laurent Chalumeau a un talent fou et pour le vérifier, ouvrez son dernier opus : Bonus. Mon quatrième coup de coeur, Mélancolie des corbeaux de Sébastien Rutés, est un ouvrage atypique dans lequel les oiseaux parlent Enfin pour compléter ce quatuor, je me risque à ajouter une certaine Elena Piacentini. Ne prenez pas ce choix pour du copinage. Non vraiment, j’aime la façon d’écrire de cette bougresse.

On a parfois l’impression que nos « histoires » ont du mal à franchir les frontières hexagonales… Vraie ou fausse impression ? Et pourquoi ?

Il y a du vrai mais aussi du faux. Je m’explique pour le vrai. La plupart des histoires qui se déroulent dans notre beau pays me semblent manquer un peu de souffle. Mais cela tient au fait que nous sommes un petit pays ‑ même si nous avons la particularité de posséder un président de la république qui donne des conseils et des avertissements à la planète entière ‑ et nos grandes sagas (Monte Cristo, Les Misérables, les Mystères de Paris, Les Mohicans de Paris) datent du siècle dernier. Souvent les sujets abordés n’ont pas forcément vocation à l’universalité. Il y a aussi les pays qui défendent leurs frontières, comme les Etats-Unis, c’est pourquoi être publié là-bas comme mon ami toulousain Benoit Séverac, est  une réussite.

À présent, abordons le faux. Les auteurs de polar français traduits à l’étranger est en augmentation. Outre Fred Vargas, traduite dans quarante pays et bestseller en Allemagne et au Royaume Uni (deux fois primée par la Crime Writers Association), d’autres femmes, Dominique Manotti, Maud Tabachnik, Sylvie Granotier, Dominique Sylvain ont été traduites en Espagne, Allemagne, Italie, Royaume Uni, Russie, Japon et aussi pour Than Van Tran-Nhut en Corée du sud.

Vous sillonnez les salons du polar du monde entier, vous êtes l’ami des auteurs, vous êtes même devenu, au fil du temps, le personnage le plus cité dans les pages de rompol… D’où vous vient cette passion proche de la ferveur du missionnaire ?

Je suis tombé dans la marmite très jeune car déjà à neuf, dix ans, je lisais avec passion les nouvelles de Maupassant, ainsi que Salammbô de Flaubert, mon livre de chevet avec Moisson rouge de Hammett. Je récite souvent l’incipit : C’était à Mégara, faubourg de Carthage, dans les jardins d’Hamilcar. Je lisais aussi Leslie Charteris (Le Saint), Ellery Queen, Patrick Quentin. J’ai continué à tout dévorer comme un boulimique qui se respecte (L’intégralité de la Bible lors de ma mise en quarantaine à 12 ans à cause d’une épidémie d’oreillons) en alternant la lecture des auteurs « dits » classiques avec celles des polardeux. Je crois que la ferveur du missionnaire m’est venue peu après. J’avais 14 ans et j’étais en seconde au lycée Berthelot de Toulouse. J’avais acheté le premier volume de Malheur aux barbus, écrit par le duo comique Pierre Dac et Francis Blanche. Ils avaient adapté en roman, un feuilleton radiophonique loufoque inauguré le 15 octobre 1951 sur la Radio Parisienne. Chaque jour, à 13h10, ce feuilleton totalisa 213 épisodes jusqu’au 19 juin 1952. Un petit pion m’a confisqué le livre. Il a renouvelé sa prestation en m’arrachant des mains, deux semaines plus tard, ce chef d’œuvre de James Hadley Chase, Douze chinetoques et une souris. Déjà excédé d’entendre tant de stupidités sur le genre policier (stupidités généralement élargies pour englober dans le même discours la bande dessinée et la science-fiction que je lisais aussi) ces confiscations ont renforcé mon attitude contestataire et je n’ai pas dételé depuis car je ne supporte pas les interdits surtout quand ils n’ont aucune raison d’être. Tous ces censeurs et critiques au discours étriqué ont culpabilisé des milliers de lecteurs. Ils ont gâché leur plaisir et rien que pour cela, je les hais.

Lors du dernier festival Toulouse Polars du Sud dont vous êtes Président, vous avez invité une collection de polars « régionale ». Quelles sont les valeurs que vous défendez au travers de ce genre de choix ? Considérez-vous que, dans la grande famille du polar, il y a les parents pauvres et qu’un certain élitisme est salutaire ou, au contraire qu’il faut ouvrir les portes en grand, faire appel d’air, et réinventer les codes ? Bref, vous êtes plutôt un défenseur de la tradition et de ses règles ou un curieux ouvert à la modernité ?

J’aurais envie de répondre « les deux » car défendre la tradition n’est pas antinomique avec un esprit ouvert sur la modernité. Un exemple me vient en tête. J’aime lire, non seulement pour le plaisir de découvrir une belle histoire, mais aussi pour l’odeur de l’encre et celle du papier. Cela ne m’a pas empêché de faire l’achat d’une liseuse, appelée kindle, sur un site internet et j’ai pu lire ainsi mon premier e-book. Je n’oppose pas les deux procédés mais je les utilise en complémentarité car rien n’est plus négatif de refuser les évolutions techniques, non pour en être prisonniers comme des esclaves, mais pour les maîtriser et s’en servir de façon utile, pour mieux utiliser son temps libre. Si j’ai invité à ce festival une collection « dite » régionale, c’est uniquement parce que j’ai trouvé  qu’elle avait une qualité éditoriale qui mettait à mal cet autre lieu commun repris par certains corbeaux qui vont croassant « une collection régionale est nécessairement d’un niveau médiocre ».

Quels sont les projets qui vous tiennent à cœur en ce moment ?

Continuer d’écrire mon autobiographie qui n’aura pas une diffusion généralisée. Je la destine à ma famille et à mon réseau d’amitiés. Je dois aussi entamer l’écriture de mon essai sur le roman noir. Le plan des quinze chapitres a été établi il y a deux ans déjà et depuis, j’ai dû écrire deux pages ; enfin je tiens à réaliser une compilation de mes chroniques polar mensuelles publiées depuis dix-huit ans dans la revue Options, éditée par la CGT (dont je suis membre depuis l’âge de 18 ans) à l’intention des ingénieurs, cadres et techniciens. Cela représente 180 chroniques de deux pages chacune, soit un recueil de 360 pages ou encore 900.000 signes ; C’est énorme, d’autant que j’avais l’intention d’y rajouter tous mes articles théoriques sur le genre parus dans diverses revues.

Quelle est la question qu’on ne vous a jamais posée et dont vous n’avez pas encore fait le deuil ? Voudriez-vous avoir la gentillesse d’y répondre ?

Je n’en ai vraiment aucune idée hormis s’il vous plairait de savoir si je suis l’homme des vœux Bartissol ? Je démens formellement. Je n’ai rien à voir avec le père Noël qui ne respecte aucune saison.

« L’homme des voeux » passait sur Radio Luxembourg à midi. C’était un jeu sponsorisé par l’apéritif Bartissol. Un comédien (Jacques Legras à ses débuts, avant la célèbre caméra cachée, inventée avec son complice Jacques Rouland  en 1964 ) visitait villes et villages ; il accostait un passant au hasard et lui racontait une histoire farfelue. Si la « victime » s’exclamait « Vous êtes l’homme des voeux Bartissol » et s’il détenait des capsules Bartissol, il était l’heureux gagnant de lots divers et variés.

Et pour en savoir plus sur Claude Mesplède et le marquer à la casquette, cliquez sur ce lien.

Muchas gracias Claude, eres un príncipe. Ti ringraziu e a prestu !

 

 
 

POLAR A DAINVILLE : LE CANARD DANS TOUS SES ETATS

18 jan

Le samedi 28 janvier, Daniel Cassoret et toute son équipe de bénévoles passionnés attendent les lecteurs voraces de polar.

Franck Thilliez, président d’honneur, sera de la murder party.

L’exquise nouvelle et sa brochette d’andouillettes marinées au Chinon vous feront frissonner le groin de plaisir. Du boudin ? Non ! Que du bonheur !

Et bien sûr, vous pourrez y rencontrer de nombreux auteurs de la région, et même d’ailleurs…

Venez nombreux !

 
 

Les auteurs du noir face à la différence

16 jan

Une nouvelle association de malfaiteurs ?

 

Livresque du Noir tire les ficelles,

15 auteurs tissent de noirs destins,

JIGAL mène la barque,

Les eXquismen maquillent le crime.

Des traces de leurs méfaits, ici.

Une preuve flagrante, .

Parfois, la raison a tort, alors Ecoute ton coeur !

Ensemble pour l’autisme, grande cause nationale 2012.

 

Pace è Salute !

01 jan

Je vous souhaite une année

2012 riche de lignes croisées,

fertile en aventures

imaginaires comme autant

de fenêtres ouvertes sur de

mystérieux ailleurs…

A bientôt, au-delà du raisonnable.

Pierre-Arsène Leoni.

 

Le 19, c’est Morbecques qui tient salon

17 nov

Le Nord, c’est souvent noir et pas seulement à cause du charbon. Du bon terreau pour les polars… L’atmosphère chargée d’humidité, les lumières bavants sur les pavés luisants, la palette de couleurs, les couchants déchirés… Du pain béni pour une sudiste ! Alors rendez-vous le 19 à Morbecques.

 

Une interview au-delà du raisonnable….

13 nov

Véronique Ducros répond aux questions de Leoni

Au-delà du raisonnable, c’est le nom de votre maison d’édition. Alors justement, dites-nous ce que vous cherchez et ce que vous avez découvert au-delà du raisonnable.

Je cherche les perles noires de la littérature populaire et je les cherche à ma manière : en y consacrant un temps que je ne compte pas, en privilégiant la rencontre et cette période d’approche où auteur et éditeur se « reniflent », puis le travail sur le texte et le plaisir de l’échange, les mains dans le moteur du roman… Tout ça – le temps, l’instinct, le plaisir – ne sont pas des données dites raisonnables ; partout, tout le temps, on nous assomme avec des principes de réalité comme si eux seuls existaient à l’exclusion de tout le reste. Si l’on se place au-delà de cette ligne raisonnable, on peut considérer l’aspect désinhibant de notre monde en crise. Par exemple, savoir que l’auteur est le maillon le plus faible de la chaîne économique du livre me paraît une aberration. Un pourcentage égal pour l’auteur et l’éditeur rétablit à mon sens de meilleures bases. Autre exemple, le livre numérique : nouveau support, défi incontournable… Mais faut-il pour autant négliger d’autres aventures, moins dépressiogènes que l’étude des statistiques ? Des Français ont monté un marché de ventes de droits audiovisuels des œuvres littéraires françaises à Los Angeles (The Remakes Market, mi-novembre). Les deux polars du catalogue inaugural d’Au-delà du raisonnable seront représentés là-bas, à Hollywood (le « tarantinesque » Consulting de François Thomazeau, et  Demande à mon cœur de Catherine Diran, invitée par la revue Alibi pour présenter son héroïne, Victoria Reyne. Une expérience excitante pour les auteurs et l’éditeur ! 

Qu’est-ce qui vous attire dans la littérature noire et pourquoi ce genre ?

Je n’ai pas de réponse spécifique pour la littérature noire, j’en ai une pour la littérature. Elle est assez courte : je publie ce que j’aime lire. Toutes les littératures sont étiquetées, toutes ont leur rayon dans les bibliothèques et les librairies. Je suis portée vers les littératures de genre, le feuilletonisme, les récits, les romans historiques, les biographies romancées, les contes contemporains (sous forme de polar ou pas peu importe). Ainsi Gilles Del Pappas, auteur reconnu dans le monde du polar, signe Attila et la magie Blanche, un roman d’aventures mettant en scène l’anarchiste Marius Jacob et le magicien cinéaste Georges Méliès. Il s’agit d’une fiction où histoires vraies et pure imagination se marient savoureusement, comme en cuisine ! (Le prochain Del Pappas, en février, racontera le Marseille de l’immédiat après-guerre, la rédemption d’un malfrat et la naissance de la French Connection : Les Vies de Gustave.) En revanche, je suis peu attirée par l’autofiction, la narration à travers l’introspection des personnages ; quelle que soit la qualité de l’écriture, je m’ennuie et n’y trouve aucune bonne raison de rester éloignée de tous les autres livres qui m’attendent.  Ceci dit, en mai prochain sortira un roman de Thierry Crifo, une poignante fiction sur l’autofiction, Lignes croisées, dont la noire désespérance m’a emportée. Il ne s’agit pas de se ligoter dans sa ligne éditoriale quand on mise sur les coups de cœur !

Que vous inspire la phrase  « c’est plus qu’un polar », qui  a le don de hérisser Claude Mesplède ?

C’est une formule vide de sens. Le polar est une forme. Introduire une idée de « valeur » de la forme, une hiérarchie, me semble être une initiative douteuse et sans aucune espèce d’intérêt. Je pressens qu’un auteur dont on dit de son livre qu’il est « plus qu’un polar » ne le prendra pas comme un compliment. C’est balancer assez lâchement l’expression d’un mépris destiné à se faire reconnaître d’une caste, la volonté de se démarquer d’une autre. Dans la tête de ceux qui prononcent cette phrase, un polar c’est moins que… quoi alors ? Un lecteur délicieusement pris dans les filets d’un roman qui le nourrit (en plaisir, en prise conscience, en connaissance, en dépaysement, en émotion, un seul ou tous ces sentiments à la fois), ce lecteur, vous, moi, est… au-delà. Ce qui m’aurait étonnée, c’est que cette phrase ne hérisse pas Claude !

Editer les enquêtes d’un flic corse en absence dans les brumes du Nord, voilà qui ne colle pas vraiment avec les standards du marketing. Quelle est la part de la raison et celle du cœur dans vos choix éditoriaux ? Quel genre de « chasseuse » êtes-vous et quelles sont les valeurs que vous défendez dans vos choix ?

Je suis éditrice, c’est à moi de présenter à mon diffuseur, à la presse, aux libraires que je rencontre toutes les qualités que j’ai discernées dans un roman que je publie, c’est mon rôle de défendre et de convaincre. De plus, la maison d’édition est toute nouvelle, il faut mettre le paquet pour sortir de l’invisibilité. Dans ces conditions, il est plus que raisonnable de porter au public des romans qui nous ont sincèrement conquis, je suis convaincante si, et seulement si, je suis convaincue. C’est mathématique (ce qui se rapproche le plus de la certitude, non ? ). Nous nous réunissons en comité de lecture, mais je prends seule la décision d’éditer, avec pour objectif la construction d’un catalogue  de fond. Les séries, celle des enquêtes de Leoni qui arrive en mai chez Au-delà du raisonnable ou celle de Catherine Diran (Victoria Reyne reviendra en octobre 2012), répondent à plusieurs de mes attentes : on est centré sur des personnages qu’on souhaite suivre longtemps, qui vont devenir familiers et vont donner rendez-vous comme l’ont fait avant eux Adamsberg, Lola Jost ou Nestor Burma. Leurs auteurs ont un attachement tout particulier aux personnages récurrents qu’ils créent.  On est sur le long terme, et cet aspect est en phase avec Au-delà du raisonnable, une structure éditoriale petite et indépendante que je travaille à rendre pérenne. C’est le premier objectif. Ainsi les auteurs de l’équipe participent à cette aventure, ils sont des pierres de l’édifice, pas de simples fournisseurs. Je n’imagine pas publier un écrivain avec lequel je ne partage rien juste pour faire un coup éditorial.

Vous avez fait connaissance avec mon personnage dans « Carrières noires ».  Avons-nous des qualités ou des défauts en commun ? Et quel est le défaut que vous préférez chez vous et auquel vous ne renonceriez pour rien au monde ?

Mes défauts ? Ça dépend de celui qui me regarde, cher Leoni. La complaisance à mon égard est un défaut, ou une qualité peut-être ? (on n’est jamais si bien servi que par soi-même), que je ne possède pas. Une chose que je souhaite ardemment c’est que mon enthousiasme ne s’éteigne jamais.

Je trouve que la justice et la loi ne font pas toujours bon ménage. Qu’est-ce que cela vous inspire ? Pourriez-vous tuer et dans quelles circonstances ?

J’ai le sentiment que chacun d’entre nous peut tuer. Ou se tuer. Les faits divers et l’actualité le racontent tous les jours. S’imaginer à l’abri de tels instincts est de l’ordre du déni, de l’angélisme ou du rêve confortable qui nimbe les périodes heureuses de la vie. Quant aux circonstances… Les circonstances sont la source inépuisable des romanciers, le terreau de chaque histoire, même quand le crime n’est pas de sang. Il existe une variété infinie de meurtres : social, familial, politique, passionnel, compassionnel, psychologique, collectif… Ça grouille d’assassins, commandant, mais – je sens qu’à vous je peux le dire – pour plusieurs d’entre eux la condamnation prévue par la loi est une pure injustice. Autant que le sont certaines impunités. En février 2012, Au-delà du raisonnable publie le prochain roman de Gildas Girodeau : La Paix plus que la vérité. Il raconte la quête un écrivain journaliste manipulé par un vieux Catalan hanté par une période trouble de son passé à l’époque franquiste. Le titre magnifique de ce roman évoque en creux ce thème universel de la justice.

Comment décririez-vous l’univers de « Carrières Noires » ?

C’est le monde des secrets enfouis, des ambitions cachées, des aspirations légitimes ou pas, ces tréfonds où chacun se débat et use des moyens dont il dispose. L’égalité, comme la justice, n’existe pas, c’est un but vers lequel chaque personnage tend, une lumière au bout d’une galerie creusée. Vous, commandant, en électron corse et libre, vous êtes un homme déterminé (j’ai failli dire entêté, oui, vous êtes entêté – Ah ! voilà une qualité que nous partageons pour revenir à une précédente question… C’est bien une qualité, non?) croisant dans cette nouvelle aventure une foule de personnages assez têtus aussi, et bien campés : des partenaires et des adversaires à votre mesure. J’ai été séduite par le souffle, l’instinct de vie très fort de chacun de ces personnages. Victimes et bourreaux.

 

 

Carrières noires, dans le secret des profondeurs de Lezennes

03 nov

Une enquête de Leoni, à paraître en Mai 2012  dans « Carrières Noires », aux éditions Au delà du Raisonnable

Nom, prénom et profession ?

Emmanuel Dusséaux, reprographe, spéléologue amateur et co-auteur du livre «  Voyage au cœur de Lezennes ».

Selon certaines sources, vous seriez un habitué des carrières de Lezennes, depuis combien de temps arpentez-vous ce labyrinthe et comment vous est venue cette passion, mmm, pour le moins suspecte ?

Comme vous me semblez bien renseigné, je vais tout vous dire, et à vous de juger ce qu’il peut y avoir de suspect là-dessous. Ce n’est pas à vous, cher commandant, que je vais apprendre que la plupart des traits de caractère qui construisent un adulte remontent souvent à sa plus petite enfance. Déjà très jeune, j’étais attiré par les endroits hétéroclites. Choyé par le cocon familial, j’étais un enfant plutôt solitaire. Mes héros : Tarzan, Zorro et bien sûr le Capitaine Nemo. Des personnages énigmatiques tout aussi solitaires que moi. Un peu sauvage, quand on me cherchait, on avait plus de chance de me trouver dans la cime d’un arbre, hiver comme été, qu’en train de jouer tranquillement dans ma chambre. C’est ainsi que peu à peu, quittant le périmètre de la maison, mes terrains de jeu sont devenus les usines désaffectées, les bâtiments en construction et les souterrains de la porte de Gand. Mon côté très casse-cou et ma vivacité inquiétaient souvent mes parents. C’est pour canaliser cette énergie qu’ils m’ont inscrit dans plusieurs clubs de sport. Mais, incapable de me plier à la discipline de ces activités et n’ayant aucun esprit de compétition, tous ces essais se sont transformés en échec. C’est en 1982, à l’âge de 15 ans, qu’une de mes sœurs m’a fait découvrir le groupe Spéléo Berkem, section spéléologique du LUC « Lille Université Club ». Voilà bien une activité qui me convenait : pas de compétition, mais un vrai esprit de groupe, le tout dans des paysages extraordinaires. Et pour une fois, j’allais rapidement devenir l’un des meilleurs. C’est aussi à cette époque que j’ai fait la rencontre de Jeff. Bien qu’étant de 17 ans mon aîné, cette différence d’âge ne fut pas un obstacle pour qu’une amitié durable s’installe.  Jeff habite Lezennes, et en bon spéléologue, il connaissait déjà bien le milieu souterrain qui se trouve sous ses pieds. C’est en sa compagnie que j’ai fait mes premiers pas dans ce dédale où, assez rapidement, j’ai pu pérégriner seul et chercher à en percer les mystères.

Normalement tous les accès sont maintenant interdits, à part ceux qui sont ouverts durant les journées du patrimoine. Quelles sont vos entrées et avez-vous des complices ?

Je préfère ne pas répondre à cette pour des raisons de confidentialité…

La plupart des gens ont peur du noir, qu’est-ce qui vous attire dans ces profondeurs, qu’est-ce que vous traficotez la dessous ? Il y a une rumeur au sujet d’un trésor, c’est lui que vous convoitez ? Ou alors vous cherchez peut-être à fuir le monde du dessus ?

C’est certain, dans tout loisir, je crois que la plupart des gens cherchent à fuir leur quotidien. Le monde souterrain est parfait pour cela et il ne laisse de place dans l’esprit que pour vivre l’instant présent. Quant aux rumeurs et autres légendes, je crois que les véritables trésors dont recèlent ces profondeurs sont les carrières elles-mêmes.

Quelle a été votre plus grande frayeur dans ces souterrains ?

Le risque majeur dans ce labyrinthe est de s’y perdre, et bien des personnes en ont déjà fait les frais. Et bien sûr, cela m’est arrivé. C’était lors d’une de mes premières descentes. Accompagné de mon meilleur ami Stéphan, nous nous étions mis en tête de découvrir le fameux lac bleu. Nous sommes donc partis en déroulant un fil d’Ariane, mais assez rapidement, la ficelle vint à manquer. Nous avons donc, comme le petit poucet, jalonné notre chemin d’objets divers (briquet, paquet de cigarette, opinel, etc.). Poussés par l’engouement de cette aventure, nous avons espacé de plus en plus nos repères, sans trouver pour autant la trace du fameux lac. Quand nous avons pris la décision de revenir sur nos pas, nous avons eu beaucoup de peine à retrouver notre chemin, et cette visite qui devait durer une heure s’est transformée en quatre heures d’angoisse. Ceci dit, cette expérience m’a servi de leçon et quand je pense que certaines personnes égarées y sont restées plusieurs jours avant d’être secourus, j’ai pleine conscience de la chance que j’ai eu de retrouver la sortie. Par la suite, je me suis rendu compte que l’on était passé au bord du lac du bleu sans même le voir!

Et votre plus grande joie ?

Je crois que ma plus grande joie est de faire découvrir ce milieu qui d’habitude n’est réservé qu’à quelques initiés. Il est toujours intéressant de partager ce qu’on connait avec d’autres, ils ont d’ailleurs parfois des réflexions qui peuvent remettre en question mes connaissances sur le sujet.

Seriez-vous capable de vous y repérer les yeux fermés ?

Non, non ! Il est plutôt conseillé de garder les yeux grand ouverts avec en main une bonne lampe torche ! Ceci dit, malgré tout le temps que j’ai pu passer sous terre, je n’ai pas la prétention de les connaître par cœur. En aucune manière je n’accorderai ma confiance à celui qui s’en targuerait tant le sujet est vaste, que ce soit en termes de superficie ou d’histoire.

Pensez-vous avoir découvert tous les secrets de ces anciennes carrières ? Et sinon, quelles surprises peuvent-elles encore révéler ? Y-a-t-il des zones que vous pensez n’avoir pas encore explorées ?

Il y a encore beaucoup de choses à découvrir sur les carrières de Lezennes. On dispose de peu de textes et le métier de carrier était plutôt méprisé, ce qui nous laisse encore un vaste terrain d’investigation. Il y a encore beaucoup de zones d’ombre concernant leur histoire. Quant à la superficie, il y a bien des zones auxquelles je n’ai pas accès dans ce vaste dédale.

En quoi ce lieu est-il intimement lié à l’histoire de la région et même, au-delà, à l’histoire de France ?

Dans l’agglomération lilloise, les matériaux de construction sont rares. C’est donc dans les carrières de Lezennes, à une profondeur de 8 à 20 mètres, que les hommes sont venus chercher les pierres nécessaires à l’édification de la plupart des bâtiments et fortifications de la ville, et ce depuis le XIIème siècle jusqu’au milieu du XIXème. Mais les carrières de Lezennes vont aussi fournir en pierre les villages avoisinants pour la construction des fermes et des monuments religieux. Malheureusement, au XIXème siècle, la pierre va céder la place à la brique, devenue meilleur marché grâce à de nouvelles techniques de cuisson. De plus,  celle-ci est plus solide et plus facile à maçonner. Sous Louis XIV, Vauban doit beaucoup aux carrières qui lui ont permis de construire ce qu’il va appeler sa reine des citadelles. Si la craie n’y est pas visible, elle a pourtant été massivement employée au cœur du rempart pour être ensuite recouverte d’un parement de briques, plus solide à l’assaut des boulets.

Il y a, paraît-il, un étrange autel, sous terre, des messes y ont été dites…J’ai besoin d’en savoir plus… Rites secrets, sacrifices, rituels sataniques ?

Rien de secret là-dessous. Cet autel a été construit par les scouts afin de permettre aux paroissiens lezennois de continuer à célébrer les messes à l’abri des bombardements. Proche d’une entrée située au centre du village, cet endroit a souvent servi de refuge. Il est même arrivé qu’on y descende le bétail, comme par exemple les vaches.

Merci beaucoup Manu, le mot de la fin à Elena… 

Leoni et moi sommes très fiers et très heureux de passer Au delà du raisonnable avec Carrières noires. Pour tout renseignement complémentaire sur ces lieux uniques et magiques, contactez les passionnés du Cercle Historique de Lezennes et pour plus de détails sur les profondeurs, offrez-vous « Voyage au coeur de Lezennes » un excellent ouvrage, très bien documenté. Et, encore une fois, ne vous aventurez pas seul dans ces carrières noires… Sauf, bien sûr, à partir de mai 2012, dans nos lignes… Encore merci, Manu ! Elena.

 
 

De Toulouse à Saint-Sulpice-sur-Lèze : c’est dans la Dépêche

17 oct

Il n’y a qu’un pas, enfin quelques vallons à franchir pour retrouver une bibliothécaire passionnée, Evelyne Paoli (ça ne s’invente pas !) et ses fidèles lecteurs (enfin, lectrices à une écrasante majorité !) tout aussi mordus de Polar. Toulouse Polars du Sud, c’est aussi cela : une toile qui s’étend bien au delà des limites de la ville, à la manière d’une marée noire, mais bienfaisante celle-là.

Pour en savoir, plus, cliquez sur l’image

 

 

Coup de froid sur Villeneuve-lez-Avignon

28 sept

Les 1er et 2 Octobre 2011, un courant d’air froid soufflera sur la ville de Villeneuve-lez-Avignon. Cherchez bien, parmi toutes les étoiles polaires, il y aura, cette année, une fille de berger dont la plume balance entre bleus et brumes.

 

Toulouse Polars du Sud

15 sept

Cette année, à l’invitation de Claude Mesplède, ce sera cap au sud ! Voir la vie en rose, voilà qui n’est pas banal pour un auteur de noir… Pourtant, sous le soleil, les couleurs se fondent et les parallèles dévient de leur trajectoire bêtement rectilignes… De belles rencontres en perspective…

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